Les ambiguïtés de la médecine : quand ce qui semblait vrai a cessé de l’être

 

Bien que la science médicale soit fréquemment célébrée pour ses avancées remarquables, son histoire comporte un revers moins confortable : le legs de concepts jadis érigés en vérités absolues que la science elle-même a ensuite réfutés.

Pendant des siècles, des médecins compétents, dévoués et respectés ont soutenu des théories et des pratiques thérapeutiques qui nous semblent aujourd’hui insolites, futiles ou manifestement délétères. Certaines reposaient sur des savoirs embryonnaires ; d’autres, sur des déductions erronées ; d’aucunes se perpétuaient par routine ou sous le poids de l’argument d’autorité. Inversement, certaines innovations salutaires furent initialement accueillies avec méfiance ou dérision.

Cela ne signifie pas que la médecine relève de l’illusion ni que « la science ignore tout ». C’est au contraire la preuve de sa valeur cardinale : elle intègre en son cœur la possibilité de l’erreur.

 

Quand le lavage des mains passait pour une bizarrerie

Peu d’exemples dépeignent mieux cette dialectique que l’épopée d’Ignaz Semmelweis.

Dans les années 1840, la fièvre puerpérale décimait les accouchées. Semmelweis constata que la mortalité était sensiblement plus élevée au sein de la première division d’obstétrique de l’Hôpital général de Vienne, où les femmes étaient examinées par des praticiens et des étudiants revenant directement de la salle des autopsies.

Son intuition fut décisive : lorsque les praticiens se lavaient les mains à l’eau de chaux chlorée avant chaque toucher vaginal, la mortalité s’effondrait. Entre 1847 et 1849, l’écart statistique entre les cliniques fut pratiquement gommé (Semmelweis, 1847–1849 ; Best ; Neuhauser, 2004).

Ce geste semble aujourd’hui élémentaire ; il ne l’était pas alors. La théorie microbienne n’avait pas encore émergé. Imaginer que les mains des praticiens pussent véhiculer des particules invisibles depuis un cadavre jusqu’à une femme saine paraissait difficilement concevable. La thèse se heurta à des réticences tenaces, et la codification de l’asepsie obstétricale prit plusieurs décennies. Les travaux ultérieurs de Joseph Lister et l’essor de la microbiologie allaient par la suite transformer l’art opératoire (Tröhler, 2015).

Lister diffusa en 1867 son mémoire princeps sur le principe antiseptique en chirurgie. Sa démarche suscita d’âpres controverses, notamment en Grande-Bretagne : l’adhésion générale ne fut nullement immédiate.

L’histoire est souvent simplifiée à l’excès, présentant un Semmelweis détenteur d’une vérité limpide face à une corporation obstinée. La réalité est plus nuancée : il possédait une observation clinique cruciale, mais ne disposait pas encore du substrat microbiologique indispensable à sa démonstration théorique.

La nuance est essentielle. Il est possible d’avoir raison sur le plan des faits tout en se méprenant sur le mécanisme sous-jacent. À l’opposé, une construction mécanistique élégante peut perdurer longtemps sans offrir le moindre bénéfice clinique tangible.

 

Saigner le malade pour le guérir

Durant plusieurs millénaires, la saignée incarna l’un des piliers thérapeutiques de la médecine occidentale. L’évacuation sanguine était appliquée à un éventail infini de pathologies, légitimée par des cadres physiologiques jugés cohérents à leur époque.

Nous savons aujourd’hui que, dans la quasi-totalité des indications retenues, la déplétion sanguine était inutile ou toxique.

L’évolution de son déclin s’avère remarquable : elle ne disparut pas sous le coup d’une découverte fulgurante, mais s’effaça graduellement sous l’effet d’une refonte globale de la conception du vivant et du processus pathologique (Drakman, 2025).

La médecine contemporaine conserve néanmoins l’usage de la phlébotomie dans des contextes très ciblés, tels que l’hémochromatose primitive ou la polyglobulie primitive (polycythemia vera). Par conséquent, décréter que « la saignée est intrinsèquement mauvaise » relèverait de la caricature. Un même geste se révèle délétère dans un cadre et salvateur dans un autre : le contexte dicte la pertinence.

 

La cigarette qui apaisait l’anxiété

Il est difficile de l’imaginer de nos jours, mais le tabac connut une époque où il était bien plus que toléré : considéré des siècles durant comme un remède d’origine végétale, il fut prescrit par le corps médical dans des indications variées (Greene, 2020).

Au XXe siècle, l’industrie manufacturière mobilisa l’aura médicale pour asseoir l’innocuité du tabagisme. Dans les décennies 1930 et 1940, les campagnes publicitaires utilisaient l’image des praticiens pour affilier certaines marques à une tolérance respiratoire accrue ou à une pureté supérieure (Gardner ; Brandt, 2006).

Une perception individuelle favorisait ce discours : fumer semblait apaiser le stress.

Nous décryptons aujourd’hui ce leurre pharmacologique. Si la nicotine exerce des effets aigus sur l’humeur, la sensation de « détente » éprouvée par le fumeur dépendant ne correspond en réalité qu’à l’interruption des symptômes de sevrage engendrés par son addiction même (Parrott, 2003).

La substance présentée comme anxiolytique entretenait la tension qu’elle paraissait dissiper. L’avertissement demeure précieux pour la médecine contemporaine : l’atténuation immédiate d’un symptôme n’établit jamais un bénéfice pronostique pérenne.

 

Quand le raffinage céréalier passait pour un progrès

L’histoire de l’alimentation comporte de semblables paradoxes. Avec la mécanisation du broyage et du polissage, des denrées comme le riz connurent un raffinage poussé. Le riz poli séduisait par sa blancheur, offrait une conservation prolongée et incarnait un produit de standing supérieur.

Or, le polissage éliminait les enveloppes péricarpiques recélant des nutriments déterminants.

Les recherches de Christiaan Eijkman — honorées par la suite du prix Nobel — mirent en évidence le lien causal entre l’ingestion exclusive de riz usiné et l’apparition d’un tableau mimant le béribéri animal. Des travaux ultérieurs confirmèrent que l’affection procédait de la carence en une substance organique indispensable : la thiamine ou vitamine B1 (Eijkman, 1897 ; Carpenter, 1995).

Le paradoxe est frappant : l’essor technologique avait élaboré un aliment visuellement plus noble et mieux commercialisable, mais en avait évincé la valeur nutritionnelle fondamentale.

Cela ne signifie pas que tout aliment transformé soit délétère. Cela rappelle que l’aspect, la palatabilité, la durabilité commerciale, l’ingénierie et la richesse nutritive ne sont pas interchangeables : une réalité toujours au cœur des débats nutritionnels.

 

L’alcool et l’illusion de la « consommation protectrice »

Peu de consommations ont généré autant d’ambivalences préventives que les boissons alcoolisées.

Des décennies durant s’est ancrée l’hypothèse selon laquelle un apport modéré — singulièrement de vin rouge — pouvait conférer une cardioprotection. De multiples cohortes observationnelles décrivaient une corrélation inverse avec certains accidents coronariens, schématisée par la courbe en « J ».

Toutefois, une corrélation statistique ne constitue pas une démonstration causale. L’étude d’envergure du Global Burden of Disease, parue dans The Lancet en 2018 sur des données issues de 195 pays, a établi que le fardeau sanitaire global croît proportionnellement à la quantité ingérée, et que le niveau d’exposition minimisant les atteintes à la santé est rigoureusement nul (GBD 2016 Alcohol Collaborators, 2018).

Ceci n’accuse point d’indignité les soignants ayant naguère vanté « un verre de vin pour les artères ». Cela consacre simplement l’affinement méthodologique des données. Dès lors que l’on contrôle avec rigueur les facteurs de confusion et les biais de sélection, des prescriptions historiquement bienveillantes doivent être infirmées.

 

Des molécules pharmaceutiques porteuses d’espoir

L’histoire de la pharmacologie livre des mises en garde tout aussi percutantes. La thalidomide, prescrite à la fin des années 1950 comme sédatif et antiémétique obstétrical, fut distribuée à travers le monde avant d’être reliée à des milliers de malformations congénitales majeures. Aux États-Unis, Frances Kelsey, inspectrice à la FDA, en refusa la commercialisation en raison de l’inconsistance des données d’innocuité. Cet arbitrage suscita un renforcement législatif majeur imposant des preuves méthodiques d’efficacité et une évaluation préclinique stricte (FDA, 2023).

Le diéthylstilbestrol (DES) constitue un autre drame iatrogène. Prescrit durant plusieurs décennies chez la femme enceinte afin de prévenir l’avortement spontané et la prématurité, il s’est avéré inefficace dans ces indications tout en majorant de façon spectaculaire le risque d’adénocarcinome à cellules claires du vagin et du col chez les filles exposées in utero (NCI, 2026).

Il ne s’agissait nullement de concoctions d’empiriques, mais de produits inscrits dans les standards cliniques de leur temps. Ce rappel invite à réévaluer le terme conventionnel : ce qui est conventionnel renvoie à ce qui fait consensus à un moment donné, et non à ce qui est pérenne.

 

Des gestes chirurgicaux concluants mais au prix fort

L’évolution de la chirurgie compte des épisodes similaires. En chirurgie bariatrique, le court-circuit jéjuno-iléal (jejunoileal bypass), développé entre 1950 et 1960, induisait un amaigrissement massif en court-circuitant la quasi-totalité de l’intestin grêle fonctionnel.

Cependant, cette efficacité pondérale imposait un lourd tribut : diarrhées profuses incoercibles, déplétions électrolytiques majeures, dénutritions sévères, cirrhoses secondaires et néphropathies oxaliques. La procédure dut être délaissée (Kremen et al., 1954 ; Griffen, 1981).

Un principe cardinal se dessine : il ne suffit pas qu’un acte thérapeutique infléchisse le paramètre visé. Il convient d’en évaluer la rançon organique. Un procédé peut corriger une cible biologique, endiguer un symptôme ou réduire une surcharge et demeurer inacceptable si son ratio bénéfice-risque se révèle défavorable.

 

La lobotomie et l’écueil de la sacralisation professorale

Rares sont les exemples aussi bouleversants que celui de la lobotomie préfrontale. Conçue par António Egas Moniz, cette approche psychochirurgicale connut un retentissement planétaire, au point de valoir à son concepteur le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1949 pour ses travaux sur la leucotomie. L’intervention fut par la suite largement déployée.

Avec le recul, les altérations causées s’avérèrent irréversibles : apathie affective, déficits exécutifs majeurs et altération irrémédiable de la personnalité. L’essor de la psychopharmacologie moderne et des neuroleptiques dès les années 1950 signa le déclin rapide de cette technique (Mundalil Vasu ; Bunch, 2014).

Le précédent demeure saisissant : il atteste qu’une intervention honorée par la plus haute distinction internationale peut ultérieurement se révéler délétère. Une consécration institutionnelle ne transforme jamais une hypothèse en vérité indéfectible.

 

Quand l’oxygène devenait délétère

La néonatalogie recèle un enseignement comparable. Au cours du XXe siècle, l’oxygénothérapie fut délivrée de manière libérale aux prématurés. L’analyse rétrospective mit en évidence la relation directe unissant l’hyperoxie non régulée à la rétinopathie des prématurés, cause majeure de cécité précoce.

La conclusion échappe à tout dogmatisme binaire : l’agent qui conjure l’asphyxie se mue en toxique microvasculaire lorsqu’il est instillé en excès. Il n’existe pas d’opposition simpliste entre « oxygène bienfaiteur » et « oxygène toxique ». Posologie, fenêtre temporelle, indication et profil individuel transforment la résultante clinique.

 

L’hormonothérapie de la ménopause

Ce phénomène de réévaluation n’appartient pas qu’au passé lointain. En 2002, le grand essai clinique de la Women’s Health Initiative (WHI) interrompit prématurément le bras combinant œstrogènes et progestatifs face à la constatation d’un surcroît d’infarctus du myocarde, d’accidents vasculaires cérébraux, d’embolies pulmonaires et de cancers invasifs du sein. En 2004, le bras œstrogénique seul fut pareillement interrompu en raison du risque accru d’AVC et de l’absence du bénéfice cardiovasculaire escompté (WHI, 2026).

Cela ne signifie point que l’hormonothérapie substitutive soit dépourvue d’intérêt. Cela démontre que l’interrogation clinique ne saurait se résumer à la question : « Ce traitement agit-il ? ». L’investigation exige une segmentation rigoureuse :

  • Chez quels patients ?
  • Pour quelle indication précise ?
  • À quelle tranche d’âge ou distance de la ménopause ?
  • Selon quel dosage et quel mode d’administration ?
  • Pour quelle durée de traitement ?
  • En regard de quel bras de comparaison ?
  • Quels sont les risques et les bénéfices absolus ?
  • Quel est l’état clinique au terme d’un recul de cinq, dix ou vingt ans ?

 

Critiquer la science, ce n’est pas l’attaquer

C’est selon cette dynamique d’examen critique que la médecine s’affine. Le risque principal ne procède pas de l’ignorance pure, mais de l’incapacité à envisager que nos repères actuels puissent être inexacts. L’ignorance constate le vide méthodologique ; l’erreur survient dès lors qu’une certitude s’instaure pour être ensuite démentie par des données probantes.

L’illusion de savoir est plus pernicieuse car elle s’assortit d’une fausse assurance. Plusieurs biais pérennisent cette surconfiance :

  • L’autorité : acquiescer aveuglément sous l’influence d’un tiers éminent ;
  • La tradition : déduire la justesse d’une thérapie de sa seule persistance temporelle ;
  • L’empirisme anecdotique : ériger quelques trajectoires individuelles en vérité statistique ;
  • Le réductionnisme biologique : présumer qu’une hypothèse physiopathologique séduisante se traduira obligatoirement par une efficacité clinique ;
  • L’association statistique : assimiler hâtivement corrélation et causalité ;
  • Les critères de substitution : croire que la seule normalisation d’un paramètre biologique jugule la maladie ;
  • Les intérêts commerciaux : laisser le discours promotionnel distancer la robustesse des données cliniques ;
  • L’illusion technologique : préjuger de la supériorité d’un dispositif au seul motif qu’il est novateur.

La médecine factuelle moderne a bâti des remparts pour amortir ces biais : essais prospectifs randomisés, insu, méthodologie en intention de traiter, revues systématiques, méta-analyses, pharmacovigilance et épidémiologie causale.

Pour autant, aucun algorithme méthodologique n’éradique l’erreur. La science n’est pas une sédimentation d’axiomes figés. Souligner la faillibilité des énoncés médicaux n’est pas fragiliser la démarche, c’en est la définition épistémologique même.

Un modèle n’a nul besoin d’être immuable pour se rendre utile : il doit s’imposer comme la meilleure approximation au vu des faits disponibles, tout en restant ouvert à la rectification dès que des preuves supérieures émergent. C’est cette plasticité autocorrélatrice qui trace la frontière entre la démarche rationnelle et le dogme. Le corpus médical est fondamentalement révisable, ce qui ne revient en rien à céder au relativisme : il subsiste une distance infranchissable entre une allégation sans assise et une pratique éprouvée par des séries d’essais cliniques rigoureux. L’humilité intellectuelle n’est pas le renoncement aux critères d’exigence.

Prendre la mesure des failles du savoir médical n’implique pas de mettre au même plan la médecine fondée sur les preuves et les discours sans méthode des réseaux sociaux ; cela exige d’appliquer l’esprit critique jusque dans nos pratiques les plus établies.

 

Prudence n’est pas scepticisme paralysant

À la lecture de ces vicissitudes, la tentation consisterait à se draper dans une suspicion généralisée à l’endroit de tout progrès. Ce serait un écueil tout aussi stérile.

Si nos prédécesseurs avaient congédié chaque innovation sous prétexte d’autosuffisance, l’antisepsie, la vaccinologie, l’antibiothérapie, l’anesthésie contemporaine, la chirurgie réparatrice et la réanimation médicale ne se seraient jamais constituées.

L’attitude juste évite l’engouement irréfléchi tout comme le refus systématique. Elle requiert une curiosité vigilante assortie d’une saine exigence méthodologique. Une hypothèse inédite mérite considération ; une approche émergente justifie d’être évaluée ; une anomalie clinique imprévue exige d’être explorée.

Toutefois, une hypothèse prometteuse ne doit pas être précipitée au rang de prescription universelle avant la maturation de ses preuves cliniques.

 

Le progrès réside dans la faculté de se déjuger

L’une des prérogatives les plus respectables de la pratique médicale tient dans l’aptitude à reconnaître : « Nous nous trompions ». L’abandon d’une pratique désuète face aux données qui l’infirment n’a rien de déshonorant. Ce qui serait condamnable consisterait à maintenir une procédure néfaste par déférence corporatiste, habitude institutionnelle ou calcul financier.

  • Semmelweis avait décelé la portée de l’hygiène manuelle, en dépit d’une explication encore incomplète.
  • La saignée céda le pas lorsque son échafaudage théorique s’écroula devant l’évaluation objective.
  • Le tabac fut dépouillé de son statut médicinal dès que sa nocivité devint manifeste.
  • La thalidomide et le DES contraignirent la recherche à une rigueur toxicologique sans concession.
  • Le court-circuit jéjuno-iléal prouva qu’un résultat ciblé ne justifie pas le sacrifice de l’équilibre métabolique.
  • Les essais d’hormonothérapie ont montré combien de vastes protocoles randomisés peuvent remodeler des convictions acquises.
  • Les controverses autour de l’alcool démontrent la nécessité de purger l’épidémiologie observationnelle de ses biais de causalité inverse.

 

La médecine de demain amendera celle d’aujourd’hui

Il est indéniable que certains de nos paradigmes contemporains seront profondément remaniés. Des consignes nutritionnelles considérées comme incontestables seront modulées ; des thérapeutiques pharmacologiques apparaîtront disproportionnées dans des sous-groupes ciblés ; des marqueurs biologiques couramment mesurés perdront leur ascendant pronostique ; des techniques chirurgicales s’effaceront devant des actes moins invasifs ; et des pathologies actuellement unifiées sous une étiquette nosologique unique se subdiviseront en entités physiopathologiques distinctes.

Cette perspective ne doit point susciter l’inquiétude : elle exprime la dynamique vivante de l’acquisition du savoir.

Le soignant doit cultiver deux qualités indissociables : l’ouverture et la rigueur. L’ouverture pour accueillir l’inédit ; la rigueur pour en différer l’application tant que les preuves font défaut ; l’humilité pour sonder les limites de son expertise ; et la détermination d’abandonner une pratique dès lors que les données cliniques en démontrent l’inutilité.

 

Une médecine assez humble pour continuer d’apprendre

Après plus d’un siècle de découvertes scientifiques, la médecine réaffirme sa règle fondamentale : s’incliner devant la transformation des preuves n’est pas un aveu de faiblesse, mais un acte de lucidité.

La science médicale n’est pas un édifice figé dans le marbre : c’est une construction empirique permanente. C’est précisément la conscience de notre faillibilité qui nous commande de concevoir des protocoles plus rigoureux, de mesurer des critères de jugement pertinents, de suivre nos cohortes sur le temps long et d’interroger tant les dogmes anciens que les engouements du moment.

La discipline doit impérativement préserver l’esprit critique qui lui a permis de renoncer à la saignée, d’abandonner des procédures délétères, d’admettre la létalité du tabac, de retirer des molécules iatrogènes et d’ériger l’asepsie en règle d’or.

Le clinicien rigoureux n’est point celui qui se prétend à l’abri de l’erreur, mais celui qui façonne son exercice de telle sorte qu’il puisse déceler ses propres méprises le plus tôt possible. C’est là sans doute la manière la plus exigeante de faire honneur à la science — et d’assurer, d’abord et avant tout, la protection du patient.

 

Clause de non-responsabilité

Ce document est rédigé dans une optique purement pédagogique et de recul historique. L’évolution des connaissances médicales y est présentée de façon synthétique et ne saurait servir de motif pour entamer, interrompre ou modifier une prise en charge thérapeutique. Le fait qu’un acte ait été abandonné ou réévalué par le passé ne préjuge pas de l’inadéquation de ses indications contemporaines. Toute décision thérapeutique exige une analyse singulière intégrant les indications formelles, l’état actuel de la science, la balance bénéfice-risque et un encadrement médical qualifié.

 

Références

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GARDNER, M. N. ; BRANDT, A. M. “The doctors’ choice is America’s choice”: the physician in US cigarette advertisements, 1930–1953. American Journal of Public Health, vol. 96, n° 2, p. 222–232, 2006.

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SEMMELWEIS, I. Die Ätiologie, der Begriff und die Prophylaxis des Kindbettfiebers. Pest : C. A. Hartleben, 1861.

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WOMEN’S HEALTH INITIATIVE. About the Women’s Health Initiative: hormone therapy trials. 2026.

 

 

 

 

Las ambigüedades de la medicina: cuando lo que parecía verdad dejó de serlo

 

Aunque la ciencia médica es frecuentemente celebrada por sus extraordinarios logros, existe un reverso menos cómodo en su historia: el legado de conceptos considerados verdades absolutas que, posteriormente, la propia ciencia desmitificó.

Durante siglos, médicos competentes, bienintencionados y respetados defendieron teorías y tratamientos que hoy nos parecen extraños, inútiles o incluso peligrosos. Algunos se basaban en conocimientos incompletos; otros, en observaciones mal interpretadas; algunos se mantuvieron por tradición; otros, por la autoridad de sus defensores. Y hubo situaciones en las que una práctica novedosa, que más tarde demostró ser correcta, fue recibida inicialmente con desconfianza o franca burla.

Esto no significa que la medicina sea un fraude o que «la ciencia no sepa nada». Significa exactamente lo contrario: la ciencia es valiosa porque admite la posibilidad de estar equivocada.

 

Cuando lavarse las manos parecía una excentricidad

Pocas historias ilustran mejor esta característica de la medicina que la de Ignaz Semmelweis.

En la década de 1840, la fiebre puerperal era una de las principales causas de muerte materna tras el parto. Semmelweis observó que la mortalidad era mucho mayor en una de las clínicas obstétricas del Hospital General de Viena, donde las mujeres eran examinadas por médicos y estudiantes que también trabajaban en las salas de autopsias.

Advirtió un hecho perturbador: cuando los médicos se lavaban las manos con una solución de cal clorada antes de examinar a las parturientas, la mortalidad caía drásticamente. Entre 1847 y 1849, la disparidad entre las clínicas prácticamente desapareció (Semmelweis, 1847–1849; Best; Neuhauser, 2004).

Hoy parece evidente. En aquella época, no lo era. La teoría microbiana de la enfermedad aún no estaba consolidada. La idea de que las manos de los médicos pudieran transportar un agente invisible desde un cadáver hasta una mujer sana resultaba difícil de asimilar. La propuesta halló resistencia, y la adopción sistemática de la antisepsia obstétrica tardó décadas. El trabajo posterior de Joseph Lister y el desarrollo de la teoría microbiana contribuyeron decisivamente a transformar la práctica quirúrgica (Tröhler, 2015).

Lister publicó en 1867 su clásico trabajo sobre el principio antiséptico en cirugía. Su planteamiento también suscitó debate y escepticismo, especialmente en Gran Bretaña. La aceptación no ocurrió de la noche a la mañana.

La historia suele contarse como si Semmelweis hubiese descubierto una verdad palpable que médicos testarudos se negaron a ver. La realidad es más compleja: contaba con una observación clínica de enorme valor, pero carecía de una explicación microbiológica adecuada.

Esta distinción es fundamental. Se puede tener razón respecto a un fenómeno empírico y estar equivocado en su explicación causal. Del mismo modo, una teoría en apariencia elegante puede perpetuarse durante mucho tiempo sin generar beneficios clínicos reales.

 

Desangrar al paciente para curarlo

Durante siglos, la sangría fue uno de los pilares terapéuticos esenciales de la medicina occidental. La flebotomía se practicaba ante innumerables enfermedades, respaldada por concepciones fisiológicas que parecían coherentes dentro del marco médico de cada periodo.

Hoy sabemos que, para la inmensa mayoría de las afecciones en las que se prescribía, la sangría resultaba ineficaz o francamente perjudicial.

Su evolución histórica es reveladora porque su abandono no derivó del descubrimiento súbito de una verdad indiscutible. Fue un declive progresivo, fruto de un cambio profundo en la comprensión del cuerpo humano y de la propia enfermedad (Drakman, 2025).

La medicina contemporánea aún recurre a la sangría terapéutica en escenarios concretos, como la hemocromatosis y la policitemia vera. Por tanto, concluir que «la sangría es intrínsecamente mala» pecaría de simplismo. Una misma intervención puede ser inútil en un cuadro clínico y decisiva en otro. El contexto define su validez.

 

El cigarrillo que calmaba los nervios

Hoy resulta difícil concebirlo, pero el tabaco no solo fue tolerado: durante siglos se consideró una suerte de fitofármaco y fue administrado por médicos con múltiples propósitos terapéuticos (Greene, 2020).

Ya en el siglo XX, la industria tabaquera apeló al prestigio médico para proyectar una imagen de inocuidad. Durante las décadas de 1930 y 1940, la publicidad de cigarrillos recurría abiertamente a los facultativos para asociar determinadas marcas con una menor irritación laríngea o un perfil más seguro (Gardner; Brandt, 2006).

Existía, además, una percepción subjetiva que reforzaba tal noción: fumar parecía aplacar la ansiedad.

En la actualidad comprendemos el mecanismo con claridad. La nicotina puede generar alteraciones anímicas agudas y mitigar temporalmente sensaciones molestas; sin embargo, en fumadores dependientes, gran parte de ese presunto sosiego corresponde únicamente al alivio de los síntomas de abstinencia generados por la propia adicción (Parrott, 2003).

Lo que se presentaba como un ansiolítico no hacía sino alimentar el problema que supuestamente mitigaba. Es una advertencia insoslayable para la clínica actual: el alivio inmediato de un síntoma no constituye prueba de beneficio a largo plazo.

 

Cuando refinar los alimentos parecía progreso

La historia de la nutrición alberga paradojas similares. Con la expansión del molino y el pulido industrial, granos como el arroz pasaron a refinarse intensamente. El arroz blanco resultaba más atractivo a la vista, ofrecía mayor vida útil y se comercializaba como un producto de categoría superior.

Sin embargo, el pulido eliminaba las capas exteriores del grano, ricas en micronutrientes indispensables.

Las investigaciones de Christiaan Eijkman —más tarde galardonadas con el Premio Nobel— demostraron el vínculo entre el consumo de arroz pulido y una patología semejante al beriberi en modelos animales. Estudios posteriores esclarecieron que el trastorno obedecía a la carencia de un nutriente que hoy denominamos tiamina o vitamina B1 (Eijkman, 1897; Carpenter, 1995).

La paradoja es reveladora: la innovación tecnológica había generado un alimento aparentemente más limpio, refinado y cotizado, pero le había extirpado su valor nutricional básico.

Esto no implica que todo alimento refinado sea perjudicial. Recuerda, más bien, que la estética, la palatabilidad, la conservación comercial, la tecnología y el aporte nutricional no son sinónimos: una distinción plenamente vigente.

 

El alcohol y el mito de la «dosis saludable»

Pocas sustancias han propiciado tanta ambivalencia en el discurso médico como las bebidas alcohólicas.

Durante décadas se consolidó la tesis de que dosis moderadas —especialmente de vino tinto— ejercían un efecto cardioprotector. Diversos estudios observacionales reportaban correlaciones entre el consumo moderado y una menor incidencia de eventos cardiovasculares, sustentando la célebre curva en «J».

El problema radica en que correlación estadística no equivale a causalidad. El exhaustivo estudio del Global Burden of Disease publicado en The Lancet en 2018 evaluó registros de 195 países y concluyó que el riesgo integral para la salud se incrementa con cualquier nivel de consumo, determinando que el umbral que minimiza la pérdida de salud es cero (GBD 2016 Alcohol Collaborators, 2018).

Ello no convierte en negligentes a los profesionales que en su día sugirieron «una copa de vino por el corazón». Refleja, simplemente, que la lectura de las pruebas empíricas se ha perfeccionado. Cuando metodologías más avanzadas controlan sesgos de confusión y selección, recomendaciones ampliamente asumidas deben ser replanteadas.

 

Fármacos de perfil prometedor

La historia de la farmacología aporta ejemplos contundentes. La talidomida, lanzada a finales de los años cincuenta como sedante y antiemético para el embarazo, se comercializó a escala global y provocó miles de casos de malformaciones congénitas. En Estados Unidos, la doctora Frances Kelsey, revisora de la FDA, frenó su aprobación ante la fragilidad de los datos toxicológicos presentados. Aquel desenlace impulsó reformas legislativas históricas que exigieron pruebas fehacientes de eficacia y una rigurosa evaluación de seguridad previa a la comercialización (FDA, 2023).

Otro caso paradigmático fue el dietilestilbestrol (DES). Prescrito durante décadas a gestantes para prevenir abortos espontáneos y partos pretérmino, posteriormente evidenció su ineficacia para tales fines y se asoció con un riesgo elevado de adenocarcinoma de células claras de vagina y cérvix en hijas expuestas in utero (NCI, 2026).

No eran pócimas de curanderos: formaban parte de la farmacopea establecida. Esta lección redefine el término convencional: lo convencional alude a lo consensuado en un periodo específico, no a una verdad definitiva.

 

Cirugías que cumplían el objetivo, pero a un coste inasumible

La evolución quirúrgica exhibe dilemas análogos. En la cirugía de la obesidad, la derivación yeyunoileal, desarrollada entre los decenios de 1950 y 1960, lograba descensos de peso notables mediante una mutilación drástica de la superficie absortiva intestinal.

No obstante, tal eficacia funcional conllevaba graves repercusiones: diarreas incoercibles, desequilibrios electrolíticos refractarios, desnutrición severa, esteatohepatitis terminal y nefropatía por oxalato. La técnica fue finalmente descartada (Kremen et al., 1954; Griffen, 1981).

Surge aquí un principio axial: no basta con que una intervención altere el parámetro diana. Es imperativo calcular el coste biológico. Una terapéutica puede abatir un biomarcador, yugular un síntoma o provocar una intensa reducción de masa corporal y, aun así, mostrar un balance riesgo-beneficio insostenible.

 

La lobotomía y el peso de la autoridad

Pocos precedentes resultan tan aleccionadores como la lobotomía prefrontal. Ideada por António Egas Moniz, esta técnica psicoterapéutica gozó de inmenso prestigio clínico, al punto de que Moniz recibió el Premio Nobel de Fisiología o Medicina en 1949 por sus aportaciones a la leucotomía. El método se practicó masivamente en diversas latitudes.

Con el tiempo, las secuelas irreversibles resultaron innegables: embotamiento afectivo irreversible, alteraciones profundas de la personalidad y severo deterioro cognitivo. La llegada de los neurolépticos en los años cincuenta precipitó su abandono (Mundalil Vasu; Bunch, 2014).

El episodio resulta inquietante porque prueba que una propuesta respaldada por el máximo galardón científico puede verse luego despojada de su validez médica. Los premios no convierten las hipótesis en verdades inmutables.

 

Cuando el oxígeno resultó lesivo

La neonatología brinda otra lección semejante. Durante buena parte del siglo XX, se administró oxígeno sin restricción a prematuros. Años de seguimiento clínico permitieron asociar esa hiperoxia no monitorizada con la retinopatía de la prematuridad, una causa relevante de amaurosis infantil.

La conclusión dista de ser maniquea: el recurso que preserva la vida ante una hipoxemia aguda lesiona el lecho microvascular cuando se emplea en exceso. No se trata de clasificar el oxígeno como «bueno» o «malo». Dosis, ventana de oportunidad, criterio de indicación y contexto clínico determinan el resultado neto.

 

Terapia hormonal de reemplazo

Estas revisiones no conciernen únicamente a épocas remotas. En 2002, el ensayo clínico de la Women’s Health Initiative (WHI) suspendió anticipadamente la rama de estrógenos combinados con progestina tras constatar un incremento en las tasas de cardiopatía isquémica, ictus, tromboembolismo pulmonar y cáncer de mama invasivo. En 2004, la rama de estrógenos en monoterapia corrió la misma suerte, tras detectarse un mayor riesgo cerebrovascular y la ausencia de los beneficios cardiovasculares esperados (WHI, 2026).

Esto no implica que la terapia hormonal carezca de valor terapéutico. Significa que la pregunta clínica jamás debe reducirse a un simple: «¿funciona este tratamiento?». Las interrogantes deben ser más precisas:

  • ¿Para qué perfil de paciente?
  • ¿Bajo qué indicación concreta?
  • ¿A qué edad o distancia de la menopausia?
  • ¿Con qué dosis y vía de administración?
  • ¿Durante cuánto tiempo?
  • ¿Frente a qué comparador?
  • ¿Cuáles son sus beneficios y riesgos netos?
  • ¿Cuál es el riesgo absoluto estimado?
  • ¿Qué desenlaces se registran a cinco, diez o veinte años?

 

Cuestionar la ciencia no significa atacarla

Así es como la ciencia, y en particular la medicina, progresa. El problema cardinal no reside en el desconocimiento, sino en la incapacidad de admitir que las premisas vigentes pueden ser falibles. La ignorancia asume la falta de datos; el error científico sobreviene cuando creemos saber algo y más tarde constatamos el desacierto de nuestra convicción.

Este último entraña un riesgo superior al ir acompañado de una falsa certidumbre. Diversos factores alimentan esta complacencia:

  • Autoridad: validar una pauta solo porque una figura eminente la refrenda;
  • Tradición: presumir la eficacia de un acto médico solo por su prolongada costumbre;
  • Experiencia anecdótica: extrapolar impresiones individuales aisladas a la regla general;
  • Verosimilitud biológica: asumir que una teoría mecánicamente atractiva se traduce forzosamente en eficacia clínica;
  • Asociación estadística: confundir correlación epidemiológica con causalidad directa;
  • Marcadores subrogados: asumir que normalizar un valor de laboratorio equivale a frenar una patología;
  • Presión comercial: difusión mercadotécnica desproporcionada respecto al rigor de las pruebas;
  • Fascinación tecnológica: atribuir superioridad intrínseca a cualquier innovación por el mero hecho de ser reciente.

La medicina moderna diseñó métodos específicos para mitigar tales sesgos: ensayos clínicos aleatorizados, enmascaramiento, análisis por intención de tratar, revisiones sistemáticas, metaanálisis, farmacovigilancia y epidemiología causal.

Pese a ello, ningún instrumento elimina por completo el riesgo de error. La ciencia no consiste en un catálogo de dogmas pétreos. Admitir su falibilidad no es desacreditarla, sino reconocer su naturaleza epistémica.

Una formulación científica no requiere ser eterna para ser útil: precisa ser la explicación más plausible frente a los datos disponibles, manteniéndose dispuesta a la rectificación tan pronto surjan hallazgos más contundentes. Esta capacidad autorreguladora distingue la ciencia de la doctrina. El saber biomédico es, en esencia, provisional, lo cual no supone caer en el relativismo: dista un abismo entre una conjetura sin sustento y un protocolo validado por decenas de ensayos controlados. La humildad metodológica no equivale a la equiparación indiscriminada de opiniones.

Reconocer los límites de las pruebas científicas no significa situar la medicina basada en la evidencia al nivel de opiniones arbitrarias vertidas en redes sociales; exige, más bien, someter incluso los paradigmas consolidados a un escrutinio permanente.

 

La prudencia no equivale a la inmovilidad

Frente al catálogo de fallos históricos, surge a veces la tentación del escepticismo radical: recelar sistemáticamente de toda novedad. Sería un yerro de igual magnitud.

Si la medicina pretérita hubiese descartado todo avance aduciendo suficiencia epistémica, conquistas como la asepsia, las inmunizaciones, los antibióticos, la anestesia general, la cirugía cardiovascular y las unidades de cuidados intensivos jamás habrían fructificado.

La madurez clínica equidista de dos extremos: ni abrazar ciegamente la novedad ni repudiar por inercia lo emergente. Se precisa una curiosidad disciplinada combinada con prudencia metodológica. Una hipótesis merece ser escuchada; un abordaje clínico naciente merece ser ensayado; un hallazgo fortuito exige investigación.

Ahora bien: una hipótesis plausible no debe transmutarse prematuramente en pauta asistencial, ni una terapia incipiente en indicación universal.

 

El progreso radica en saber rectificar

Pocas cualidades ennoblecen tanto el ejercicio médico como la disposición a admitir el error. Ningún estigma debería recaer sobre la retirada de una práctica obsoleta ante pruebas que la desmientan. Lo inadmisible es perpetuar maniobras perjudiciales por inercia institucional, mercadotecnia o sumisión jerárquica.

  • Semmelweis acertó en la necesidad del lavado de manos, aun con una teoría causal incompleta.
  • La sangría fue abandonada al desplomarse su base conceptual ante la evaluación clínica.
  • El tabaco perdió su halo terapéutico cuando quedó patente su devastador impacto biológico.
  • La talidomida y el DES forzaron una vigilancia toxicológica y farmacológica sin precedentes.
  • El baipás yeyunoileal recordó que la eficacia terapéutica no puede cobrarse la integridad metabólica del individuo.
  • Los ensayos sobre terapia hormonal revelaron la necesidad de cohortes prospectivas para contrastar hipótesis seculares.
  • El debate del alcohol constata que la orientación dietética debe depurarse de sesgos epidemiológicos residuales.

 

La medicina venidera rectificará la medicina actual

Resulta inevitable prever que muchos de los consensos vigentes sufrirán modificaciones. Pautas dietéticas hoy consagradas serán matizadas; intervenciones farmacológicas resultarán desproporcionadas en poblaciones específicas; biomarcadores hoy solicitados con asiduidad perderán predicción clínica; procedimientos vigentes serán relevados por técnicas menos invasivas; y entidades clínicas hoy catalogadas bajo una etiqueta única se desglosarán en fenotipos fisiopatológicos dispares.

Este horizonte no debe suscitar desaliento: describe la trayectoria natural del conocimiento humano.

El clínico precisa conjugar dos virtudes complementarias: apertura y prudencia. Apertura para sopesar la innovación; prudencia para contener su implementación antes de tiempo; humildad para reconocer los márgenes de su saber; y entereza para retirar una intervención en cuanto las pruebas desaconsejen su prosecución.

 

Una medicina con la humildad necesaria para seguir aprendiendo

Tras más de un siglo de transformaciones biomédicas, la disciplina preserva su principio más valioso: corregir el rumbo cuando la evidencia se transforma no constituye un fracaso, sino un ejercicio de probidad.

La ciencia no es un monumento imperecedero: es un proceso empírico continuado. Es la certidumbre de nuestra falibilidad lo que nos compele a refinar los ensayos, a medir desenlaces clínicamente trascendentes, a vigilar a las cohortes a largo plazo y a guardar distancia tanto de las rutinas fósiles como de las modas pasajeras.

La medicina debe preservar el espíritu crítico que desterró la sangría, clausuró intervenciones mutilantes, reconoció la toxicidad del tabaco, retiró moléculas lesivas e instauró la antisepsia.

El profesional más riguroso no es quien presume de infalibilidad, sino aquel que estructura su método de modo que cualquier inconsistencia quede expuesta a la mayor brevedad posible. Esa constituye la forma más genuina de respetar la ciencia y, por encima de todo, de proteger al paciente.

 

Exención de responsabilidad

Este texto posee una finalidad formativa y de análisis histórico. La evolución médica se expone aquí de forma panorámica y no debe emplearse para iniciar, suspender o alterar tratamientos clínicos. El hecho de que un procedimiento haya sido modificado o abandonado no invalida automáticamente sus derivaciones técnicas o indicaciones contemporáneas. Las decisiones terapéuticas requieren una valoración individualizada que pondere indicaciones precisas, pruebas vigentes, balance riesgo-beneficio y tutela médica especializada.

 

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The Ambiguities of Medicine: When What Seemed True No Longer Was

Although medical science is frequently celebrated for its extraordinary achievements, there is a less comfortable reverse side to its history: the legacy of concepts once regarded as absolute truths that science itself subsequently debunked.

For centuries, competent, well-intentioned, and respected physicians defended theories and treatments that today seem strange, useless, or even dangerous. Some were based on incomplete knowledge; others, on misread observations; some were perpetuated by tradition; others, by the authority of their proponents. There were also situations in which a novel practice, later proven correct, was initially met with suspicion or outright ridicule.

This does not mean medicine is a fraud or that “science knows nothing.” It signifies precisely the opposite: science is valuable because it admits the possibility of being wrong.

 

When Handwashing Looked Like an Eccentricity

Few stories illustrate this characteristic of medicine better than that of Ignaz Semmelweis.

In the 1840s, puerperal fever was a leading cause of maternal mortality after childbirth. Semmelweis observed that mortality was substantially higher in one of the obstetric clinics at the Vienna General Hospital, where women were examined by physicians and students who also worked in autopsy rooms.

He noted something unsettling: when doctors washed their hands with a chlorinated lime solution before examining women in labor, mortality plummeted. Between 1847 and 1849, the disparity between the clinics virtually disappeared (Semmelweis, 1847–1849; Best; Neuhauser, 2004).

Today, this seems obvious. At the time, it was not. The germ theory of disease was not yet established. The premise that a physician’s hands could transmit an invisible agent from a cadaver to a healthy woman was difficult to accept. The proposal encountered resistance, and the routine adoption of obstetric antisepsis took decades. The subsequent work of Joseph Lister and the broader emergence of germ theory contributed decisively to shifting surgical practice (Tröhler, 2015).

Lister published his classic paper on the antiseptic principle in surgery in 1867. His proposal also faced debate and skepticism, particularly in Great Britain. Acceptance did not occur overnight.

The narrative is often retold as if Semmelweis had uncovered a self-evident truth rejected by obstinate doctors. The reality is more nuanced: he held an exceptionally vital clinical observation, yet lacked an adequate microbiological explanation.

This distinction is essential. One can be right about an empirical phenomenon while mistaken about its underlying mechanism. Conversely, a seemingly elegant theory can persist for years without yielding genuine clinical benefits.

 

Bleeding the Patient to Cure Them

For centuries, bloodletting stood as one of the primary therapeutic pillars of Western medicine. Phlebotomy was applied across numerous diseases, sustained by physiological models that appeared coherent within the medical framework of each era.

Today, we know that for the vast majority of conditions in which it was prescribed, bloodletting was either ineffective or actively harmful.

The historical trajectory is instructive because its obsolescence did not simply follow an instantaneous revelation of the truth. It was a gradual retreat driven by a fundamental shift in how the human organism and disease itself were conceptualized (Drakman, 2025).

Contemporary medicine still uses therapeutic phlebotomy in specific contexts, such as hemochromatosis and polycythemia vera. Hence, concluding that “bloodletting is bad” remains overly simplistic. The exact same intervention can be useless in one setting and essential in another. Context dictates validity.

 

The Cigarette That Calmed Nerves

It may be hard to fathom today, but tobacco was once far more than tolerated: for centuries it was regarded as a medicinal plant and prescribed by physicians for diverse therapeutic aims (Greene, 2020).

By the 20th century, tobacco industry advertising leveraged the prestige of physicians to project safety. During the 1930s and 1940s, cigarette advertisements made direct appeals to medical authority, associating specific brands with lower throat irritation or greater health margins (Gardner; Brandt, 2006).

A subjective perception supported this notion: smoking appeared to relieve anxiety.

Today, the phenomenon is clearer. Nicotine produces acute mood shifts and temporarily relieves unpleasant symptoms; however, in dependent smokers, much of this perceived “relaxation” simply reflects the reversal of acute withdrawal symptoms induced by the dependence itself (Parrott, 2003).

What presented as an anxiolytic was actively contributing to the very problem it purported to soothe. This serves as a vital reminder for modern clinical practice: immediate symptomatic relief does not establish long-term clinical benefit.

 

When Food Refinement Was Heralded as Progress

Nutritional history contains its own paradoxes. With industrial milling and polishing, grains such as rice became increasingly refined. White rice was visually appealing, had a longer shelf life, and was perceived as a premium commodity.

However, the polishing process stripped away the outer grain layers containing essential micronutrients.

The research of Christiaan Eijkman—later recognized with the Nobel Prize—revealed the link between polished rice consumption and a condition mimicking beriberi in animal models. Subsequent investigations demonstrated that the syndrome stemmed from the deficiency of a vital nutrient now known as thiamine, or vitamin B1 (Eijkman, 1897; Carpenter, 1995).

The paradox is striking: technological progress yielded a product that was cleaner, more refined, and more marketable, while simultaneously stripping out crucial nutritional value.

This does not imply that all refined food is inherently toxic. It means that visual appeal, palatability, shelf life, technological complexity, and nutritional value are not synonymous—a distinction that remains intensely relevant.

 

Alcohol and the Myth of the “Healthy Dose”

Perhaps no substance has generated more ambiguity in medical communication than alcohol.

For decades, the notion spread that moderate alcohol intake—particularly red wine—could exert cardioprotective effects. Observational cohorts consistently identified associations between moderate consumption and lower cardiovascular endpoints, giving rise to the famous J-shaped curve.

The critical issue is that statistical association does not establish causality. The comprehensive Global Burden of Disease study published in The Lancet in 2018 analyzed data from 195 countries and concluded that overall health risk escalates with any alcohol intake, finding that the level of consumption minimizing health loss is zero (GBD 2016 Alcohol Collaborators, 2018).

This does not imply that earlier clinicians recommending a daily glass of wine acted in bad faith. It demonstrates that the interpretation of empirical evidence evolves. When more sophisticated analytical methods control for confounding factors and selection biases, long-standing medical assumptions often require revision.

 

Promising Pharmaceuticals That Went Wrong

Pharmacological history offers stark examples. Thalidomide, introduced in the late 1950s as a sedative and antiemetic for morning sickness, was prescribed internationally and subsequently linked to severe congenital malformations. In the United States, FDA reviewer Frances Kelsey blocked domestic approval due to insufficient safety data. This watershed event catalyzed sweeping reforms in regulatory frameworks, establishing strict demands for substantial evidence of efficacy and rigorous pre-market toxicity evaluations (FDA, 2023).

Another prominent case is diethylstilbestrol (DES). Prescribed for decades to pregnant women to prevent miscarriage and premature birth, it was later shown to lack efficacy for these indications while significantly elevating the incidence of clear cell adenocarcinoma of the vagina and cervix in female offspring exposed in utero (NCI, 2026).

These were not fringe nostrums; they were fully integrated into standard medical care. This highlights an enduring truth regarding “conventional” medicine: conventional describes what is accepted in a given era, not what is immutable or final.

 

Surgeries That Worked—at Too High a Cost

Surgical history mirrors these trajectories. In bariatric care, the jejunoileal bypass—developed in the 1950s and 1960s—induced drastic weight reduction by radically shortening functional intestinal surface area.

However, this mechanical efficacy carried devastating penalties: intractable diarrhea, profound electrolyte imbalances, severe malabsorption, hepatic failure, and oxalosis-related nephropathy. The procedure was ultimately abandoned (Kremen et al., 1954; Griffen, 1981).

Here emerges a core medical tenet: an intervention cannot be judged solely by its primary target outcome. A procedure might dramatically improve a surrogate marker, alleviate an acute symptom, or drop total body mass, yet remain unacceptable if the risk-benefit balance is fundamentally flawed.

 

Lobotomy and the Hazard of Vested Authority

Few interventions remain as cautionary as the prefrontal lobotomy. Developed by António Egas Moniz, this psychosurgical intervention gained rapid prestige. Moniz was awarded the Nobel Prize in Physiology or Medicine in 1949 for his work on prefrontal leukotomy, and the surgery was widely adopted across multiple continents.

Over time, catastrophic consequences became undeniable: irreversible personality alterations, profound blunting of affect, severe executive dysfunction, and high neurological morbidity. The introduction of chlorpromazine and early antipsychotics in the 1950s accelerated the method’s abandonment (Mundalil Vasu; Bunch, 2014).

This chapter is disquieting because it proves that even an idea celebrated with the highest scientific accolade can prove destructive. An award does not turn a clinical hypothesis into permanent truth.

 

When Oxygen Proved Toxic

Neonatology provides another pertinent example. During parts of the 20th century, supplemental oxygen was administered liberally to premature infants. Decades of clinical observations ultimately linked unmonitored hyperoxia to retinopathy of prematurity, a primary cause of childhood blindness.

The conclusion is nuanced: an intervention that rescues lives in acute hypoxemia induces severe microvascular harm when delivered in uncalibrated excess. There is no simple binary between “good” or “bad” molecules. Dose, timing, target population, and clinical context dictate the net clinical outcome.

 

Hormone Replacement Therapy

This dynamic extends into modern medicine. In 2002, the Women’s Health Initiative (WHI) halted its trial arm of combined estrogen plus progestin prematurely when interim analyses revealed elevated risks of coronary heart disease, stroke, pulmonary embolism, and invasive breast cancer. In 2004, the estrogen-alone trial was similarly stopped following increased stroke risks and a failure to demonstrate the expected cardioprotective benefit (WHI, 2026).

This does not mean hormone replacement therapy is universally inappropriate. It indicates that the clinical question can never be simply: “Does this therapy work?” Rather, the relevant questions must be far more granular:

  • For whom?
  • Under which clinical indication?
  • At what age or chronologic interval from menopause?
  • At what dose and route of delivery?
  • For what duration?
  • Compared to what control or baseline?
  • What are the absolute risks and absolute benefits?
  • What are the clinical endpoints after five, ten, or twenty years?

 

Critiquing Science Is Not an Attack on Science

This iterative critique is precisely how medical science matures. The problem is rarely ignorance itself; it is the failure to recognize that current premises may be flawed. Ignorance acknowledges an absence of data. Scientific error occurs when a community presumes certainty, only for superior evidence to prove the consensus mistaken.

The latter scenario is far more dangerous because it is accompanied by misplaced clinical confidence. History illustrates several recurring mechanisms that generate false certainty:

  • Authority: accepting conclusions solely because an eminent figure endorsed them;
  • Tradition: assuming an intervention is valid merely because it is historical;
  • Anecdotal experience: treating isolated clinical successes as systematic proof;
  • Biological plausibility: assuming that because a biochemical mechanism sounds elegant, it must translate into clinical efficacy;
  • Statistical association: conflating correlation with underlying causality;
  • Surrogate endpoints: presuming that normalizing a laboratory parameter equates to preventing morbidity or mortality;
  • Commercial interests: market promotion outrunning clinical evidence;
  • Technological bias: presuming a modern modality is inherently superior to prior alternatives.

Contemporary evidence-based medicine developed robust methodologies to minimize these biases: randomized controlled trials, blinding, intention-to-treat frameworks, systematic reviews, meta-analyses, post-marketing pharmacovigilance, long-term registries, and causal epidemiology.

Yet, none of these safeguards guarantees perfection. Science is not a repository of immutable truths; stating that medical science can err is not an assault on the enterprise, but an accurate appraisal of its epistemology.

A scientific model does not need to be timeless to be useful. It must simply represent the best operational hypothesis given the available data, while remaining receptive to revision as superior evidence surfaces. This capacity for self-correction is precisely what distinguishes science from dogma. Medical knowledge is inherently provisional—though this does not imply that all claims carry equal weight. There remains a profound gap between an unsubstantiated conjecture and a clinical consensus rooted in dozens of blinded, replicated trials. Scientific humility is not scientific relativism.

Recognizing the frontiers and flaws of medical evidence does not mean equating rigorous clinical trials with unsubstantiated internet claims; it means demanding continuous scrutiny even for established practices.

 

Prudence Must Not Breed Nihilism

A natural temptation when reviewing historical errors is complete cynicism toward innovation. That would be an equally damaging mistake.

Had historical clinicians rejected every novelty under the pretext that established paradigms were sufficient, antisepsis, vaccination, antimicrobial therapy, modern anesthesiology, cardiovascular surgery, and critical care medicine would never have evolved.

The mature stance avoids both extremes: neither credulous acceptance of every new trend nor reflex rejection of novel paradigms. What is required is disciplined curiosity coupled with methodological caution. A new hypothesis warrants attention. A novel therapy justifies rigorous testing. An unexpected observation demands formal investigation.

However, a biological hypothesis must not be prematurely deployed as standard care, nor should a therapy be turned into an indiscriminate, universal guideline before outcome data mature.

 

Progress Resides in the Willingness to Change One’s Mind

One of medicine’s most noble attributes is the capacity to state: “We were wrong.” There is no shame in abandoning an obsolete practice when superior evidence emerges. The true professional failure lies in perpetuating an ineffective or hazardous intervention solely out of institutional habit, commercial interest, or deference to authority.

  • Semmelweis was correct regarding hand hygiene, even if his mechanistic explanation was incomplete.
  • Bloodletting fell out of use when its theoretical foundation dissolved under scientific scrutiny.
  • Tobacco ceased to be viewed as a healing herb once its systemic toxicity was documented.
  • Thalidomide and DES underscored the absolute necessity of rigorous reproductive toxicology and regulatory independence.
  • The jejunoileal bypass demonstrated that anatomical effectiveness without systemic safety is substandard medicine.
  • Hormone therapy trials clarified how large prospective cohorts can reshape therapeutic paradigms.
  • The evolution of alcohol research illustrates that dietary recommendations must account for residual confounding and selection biases in observational epidemiology.

 

The Medicine of Tomorrow Will Correct the Medicine of Today

Inevitably, some current certainties will be overturned. Dietary recommendations considered robust today may be qualified. Pharmacological interventions may prove excessive in specific subpopulations. Biomarkers routinely tracked today may lose clinical relevance. Surgical techniques will be superseded. Phenotypes currently grouped under a single diagnostic label will likely be disaggregated into distinct pathophysiological entities.

This should not inspire cynicism; it represents the organic progression of knowledge.

The clinician must balance two qualities: receptivity and skepticism. Receptivity to novel paradigms, and skepticism against adopting them before validation; humility to acknowledge diagnostic and therapeutic limitations, and courage to retire ingrained habits when evidence invalidates them.

 

A Medicine Humble Enough to Continue Learning

After more than a century of scientific progress, medicine’s most critical lesson remains clear: revising a consensus in light of better evidence is a sign of rigor, not defeat.

Science is not an immutable monument. It is an ongoing, empirical process. Precisely because errors occur, clinicians must design better trials, evaluate clinically meaningful endpoints, monitor patients over longer horizons, and interrogate both ingrained traditions and therapeutic fads.

Medicine must protect the critical disposition that abandoned phlebotomy, retired hazardous operations, recognized the lethality of tobacco, retracted harmful pharmaceuticals, and adopted aseptic techniques.

The exemplary scientist is not one who claims infallibility, but one who builds checks and balances into clinical practice to discover errors as swiftly as possible. That remains the most rigorous way to honor science—and to protect the patient.

 

Disclaimer

This article is intended solely for educational and historical reflection. The history of medicine is presented here in summary form and must not be used to initiate, modify, or discontinue medical therapy. The fact that an intervention was historically modified or abandoned does not imply that all modern adaptations or related indications are invalid. Clinical management requires individualized assessment considering formal indications, updated evidence, individual risk-benefit balances, and professional oversight.

 

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